Terreur sur l’Orient Express : Episode 1

Alexander ABRAM loge au Ritz à Londres. Il doit se rendre au British Museum où aura lieu l’inauguration de la collection Alfred Maudslay (archéologue renommé). Il s’agit d’une collection prestigieuse des recherches d’Alfred, objets mexicains et mayas pour l’essentiel. Je m’y rendrai non armé, la législation britannique n’autorisant pas, comme aux USA, le porte d’arme.

Mardi 01/01/1923, 13h30: je me rends au musée en fiacre, pour l’inauguration de l’exposition proposée exceptionnellement un jour de l’an.

Carnet de notes et stylo en main, je fais le tour des objets à la recherche de ceux qui seraient susceptibles d’inspirer des décors pour un prochain tournage de ma sœur.

Le professeur Julius Arthur Smith est présent. J’avais fait sa connaissance lorsque j’exerçais en tant que saltimbanque à Londres. Il se porte bien. Il discute avec un homme qu’il semble bien connaître également puisqu’ils conviennent de dîner au restaurant le soir même. Il m’aperçoit alors, nous sommes heureux de nous rencontrer après de si nombreuses années. Il me présente son ami, Arthur Donovan, un riche héritier américain qui réside en ce moment dans sa résidence londonienne. Se joint à nous Samuel Victor que le professeur connait aussi. Samuel est un antiquaire belge qui tient une boutique à Londres, mais il fait tout pour obtenir une mission digne des plus illustres archéologues. Enfin il interpelle un journaliste du Times, Anselme Delacroix, lui aussi une connaissance qu’il n’hésite pas à flatter en affirmant que plus qu’un journaliste, c’est un excellent écrivain. La bonne humeur fait que nous acceptons tous son invitation à dîner, rdv 20h au fameux Holborn.

Nous nous présentons les uns aux autres :
– Arthur est élégant, petites lunettes et fines moustaches, la trentaine. Le regard charmeur.
– Samuel est grand, mince, cheveux brun, petites lunettes, nœud papillon. Il a l’air sympathique.
– Anselme est également assez grand, mais il est beaucoup moins élégant que les autres même s’il apparaît raffiné. Barbe de 3 jours, il a l’œil étincelant. Petit accent français mais il reste facile à comprendre.
– Je me présente à mes nouveaux camarades.

Nous faisons le tour de la collection ensemble, n’hésitant pas à échanger sur les objets que nous apprécions bien (et dont je tente de faire quelques croquis rapides) et même sur les objets dont nous ne comprenons pas vraiment la raison de leur présence dans cette collection.

Un salle reconstituant la scène d’un sacrifice nous met mal à l’aise. Victor semble moins impressionné que les autres car il n’ignore pas ces pratiques tribales… cannibales.

Nous quittons le musée vers 19h, et nous rendons tranquillement au restaurant sous une pluie fine qui imbibe mon chapeau de feutre. Nous profiterons de notre avance au rendez-vous pour faire plus ample connaissance.

Le professeur Smith a réservé un box qui permet de s’isoler quelque peu du reste de la clientèle. Je profite que la prohibition ne sévit pas dans l’Empire pour commander une vodka-martini avec une olive… au shaker, pas à la cuillère!

Heureusement que nous discutons avant l’arrivée du professeur, car lorsque je m’enquis sur son épouse Margaret, Anselme me précisa que celle-ci était décédée il y a quelques années. J’aurais pu faire une énorme gaffe!

Le professeur Smith arrive et se joint à nous. Il commande un excellent Saint-Emilion. Nous dînons royalement.

Nous échangeons évidemment sur la collection. Le professeur profite de la soirée pour nous inviter à la conférence qu’il donnera dans deux jours, le 03/01, à la fondation Challenger. Il s’agit d’une fondation semi privée subventionnée par la famille royale. Elle promeut l’érudition et le progrès technologique. Les soirées sont généralement sur invitation. Elle a déjà accueilli les plus grands personnages de ce monde, parmi lesquels Marie Curie, Guglielmo Marconi, Ferdinand Von Zeppelin et tant d’autres. Le thème de la conférence du professeur Smith portera sur des sujets « sensibles et sceptiques » (?!).

Beddows, le majordome du professeur, était présent tout au long de la soirée, attendant patiemment, et discrètement aussi il faut bien le dire, dans le hall du restaurant. Depuis le décès de Margaret, la remarquable épouse d’Arthur, Beddows s’est occupé d’absolument tout ce qui a tourné autour du professeur. Un véritable homme à tout faire. Remarquant la présence du majordome, Arthur demande si le professeur ne pourrait pas lui présenter quelqu’un qui pourrait lui servir de valet. Une liste de recommandations lui sera donnée à l’occasion de la conférence.

Le professeur nous quitte, nous précisant qu’il se couche tôt depuis qu’il a perdu sa tendre et regrettée épouse. Il a même arrêté de fumer le cigare, mais compense en chiquant, ce qui n’est pas très élégant à mon humble avis. Nous nous quittons tout en nous donnant rdv pour nous retrouver à la fondation Challenger avant le début de la conférence du professeur, alors qu’Arthur promet de passer visiter la boutique de Samuel dès le lendemain.

02/01: je profite de mon temps libre pour acheter un parapluie, puis écrire une lettre à ma chère sœur dans laquelle je lui décris mes nouvelles connaissances (un héritier américain, un journaliste/écrivain français, et un antiquaire belge, je suis fasciné par ces nouvelles rencontres). Après avoir posté ma lettre, je prends le temps de bien me déguiser, et me rends chez l’antiquaire pour vérifier mes capacités à passer inaperçu. Je trouverai bien une excuse si on me reconnait: l’art du déguisement c’est de l’humour russe, et je dois m’entraîner régulièrement pour bien jouer mes rôles de figurant dans les films de ma sœur.

Mercredi 03/01, 20h: nous nous retrouvons à la fondation Challenger qui se trouve à l’institut impérial de Kensington.

Dans l’attente du début de la conférence, les conversations tournent autour de sujets assez ésotériques, mais de nombreux auditeurs sont manifestement là « pour le spectacle »: le professeur est réputé pour son scepticisme rigoureux, il a par le passé démasqué en public de faux prophètes, des médiums véreux et autres charlatans.

Le professeur donne une conférence remarquable, dans laquelle il aborde la thématique des sites hantés en donnant de nombreuses anecdotes. Notamment, un site hanté peut faire référence à un lieu certes, mais aussi à un objet ou encore une personne! Quelques diapositives sont également projetées. Ce sont ces preuves tangibles qui me font douter, et mon scepticisme premier n’aurait pas pu être embrouillé avec la lecture seule. La démonstration est passionnante, remarquablement documentée. Je lui ferai remarquer, sagacité cynique de mon éducation russe oblige, dès que l’occasion m’en est donnée à l’issue de la conférence, qu’à tenter d’expliquer l’inexplicable nous finirons par excuser l’inexcusable! Le professeur voit les choses de façon bien différente, en fait à l’opposé de moi. Probablement un problème de perception lié à nos éducations si différentes. Je suis pourtant quelqu’un de très cartésien même si les expériences occultes de ma mère et de ma sœur ont quelque peu émoussé ma logique, et ouvert ma curiosité.

Un individu moustachu d’une 30aine d’années apparait, mais il s’éclipse dès que nous le remarquons. Je suis persuadé qu’il s’agissait d’un étranger!

le professeur nous invite à le rejoindre à l’Oriental Club lundi soir prochain. Il s’agit d’un cercle de gentlemen accès sur l’orientalisme, et probablement s’autres activités plus ésotériques, voire occultes.

Nous allons discuter entre nous de la conférence autour d’une pinte au pub du coin.

Je quitte mes amis qui semblent bien partis pour profiter des bonheurs que peut offrir une nuit à Londres. Avant de me coucher, je prends le temps de reprendre mes notes sur mon calepin, en précisant les éléments les plus remarquables de la conférence.

Samedi 05/01, 11:30 : le journal annonce la « mort d’un homme trois fois en une seule nuit »! L’article précise que 3 corps ont été retrouvés, tous portant la même identité, M. Mehmet Makryat d’Islington. Tous trois ont été poignardés en plein cœur.

Options:
– trouver le vrai Mehmet Makryat, commerçant en art et en antiquités turques, s’il est encore en vie… d’ailleurs le moustachu remarqué fugacement à la conférence pourrait bien être un Turc!
– se rendre sur le lieu des crimes (une chambre de l’hôtel Chelsea), fouiller la chambre et en profiter pour interroger les femmes de chambre
– rendre visite à l’inspecteur Fleming de Scotland Yard en charge de l’affaire
– et bien sûr, interroger le professeur Smith sur la possibilité d’une mort simultanée d’une même personne dans 3 espaces éthérés différents si j’ai un tant soit peu compris quelque chose à sa troublante conférence… nous devrions le revoir dans deux jours à l’Oriental Club.